La qualité des données devient un enjeu stratégique en Afrique centrale. Réunis à Brazzaville du 11 au 13 mai, les experts de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cémac) ont franchi une nouvelle étape dans la modernisation des systèmes statistiques, avec l’introduction d’outils méthodologiques innovants destinés à renforcer la fiabilité, la comparabilité et l’exploitation des données économiques et sociales.
Ces travaux s’inscrivent dans le cadre du programme Stat-Cémac et du projet Hiswaca, soutenu par la Banque mondiale, deux initiatives clés pour accompagner la transformation des économies de la sous-région.
Des avancées contrastées mais structurantes
Les échanges ont permis de faire le point sur l’état d’exécution des projets en cours. Si des progrès sont observés, notamment dans certains pays, les résultats restent contrastés.
Au niveau régional, le taux d’exécution du plan de travail 2026 de la Cémac s’établit à 14,7 %, tandis que le projet Hiswaca affiche un taux global de 52,6 %, selon le coordonnateur régional Roland Marc Lontchi.
Malgré ces disparités, les experts s’accordent sur une dynamique positive : celle d’une montée en puissance progressive des systèmes statistiques nationaux.
Des outils modernisés pour une meilleure production des données
Au cœur des discussions, plusieurs instruments méthodologiques majeurs ont été examinés et validés, parmi lesquels :
- le guide rénové de l’Indice harmonisé des prix à la consommation (IHPC-Cémac), aligné sur les normes internationales ;
- un manuel harmonisé d’enregistrement des faits d’état civil (naissances, décès), visant à améliorer la qualité des données démographiques ;
- un guide pour les recensements généraux de la population, intégrant des innovations comme les méthodes hybrides et les outils numériques de collecte.
Ces outils constituent une avancée majeure vers une production statistique plus fiable, moderne et comparable entre États.
Le numérique au cœur de la transformation statistique
L’intégration des technologies numériques dans les méthodes de collecte marque un tournant. Le recours à des outils digitaux permet :
- une collecte plus rapide des données,
- une réduction des erreurs,
- une meilleure exploitation des informations en temps réel.
Un levier essentiel pour accompagner la digitalisation des économies et améliorer la prise de décision publique.
Vers une gouvernance des données plus intégrée
Les participants ont également examiné une convention de partage des données statistiques entre les États membres et la Commission de la Cémac. Ce cadre vise à :
- structurer les échanges d’informations,
- garantir la sécurité et la confidentialité des données,
- faciliter l’accès à des statistiques harmonisées à l’échelle régionale.
Par ailleurs, plusieurs domaines stratégiques font l’objet d’efforts d’harmonisation, notamment :
- les conditions de vie des ménages,
- l’emploi,
- le commerce transfrontalier informel,
- les statistiques environnementales et climatiques,
- les bilans alimentaires et énergétiques.
Un enjeu clé pour l’économie et les politiques publiques
Pour le commissaire de la Cémac, Nicolas Beyeme Nguema, ces avancées traduisent une volonté claire des États de disposer de données fiables pour orienter efficacement les politiques publiques.
Car derrière la technique, l’enjeu est majeur :
- mieux piloter les économies,
- attirer les investisseurs,
- concevoir des politiques adaptées aux réalités locales.
En renforçant leurs systèmes statistiques, les pays de la Cémac posent ainsi les bases d’une gouvernance économique plus moderne, plus transparente et plus performante.