Face à une masse salariale projetée à 435 milliards FCFA en 2026 et à la persistance des agents fictifs dans les effectifs publics, le République du Congo engage une réforme numérique d’envergure.
Une réforme structurante portée par l’ACSI
Le 20 février 2026, les travaux de l’atelier de validation finale des recommandations et de présentation technique du logiciel Système intégré des faits d’état civil (SIFEC) ont été officiellement clos à Brazzaville.
Portée par l’Agence congolaise des systèmes d’information (ACSI), cette réforme structurelle vise à moderniser la gestion administrative et à renforcer la fiabilité des données d’état civil et de la Fonction publique.
Selon Lord Marhyno, Directeur général de l’ACSI, le SIFEC constituera un levier majeur de transparence, notamment pour le ministère des Finances et du Budget.
Le système permettra notamment :
- le contrôle de l’identité réelle des usagers lors de l’établissement du Numéro d’identification unique (NIU) ;
- la réduction des coûts liés aux allocations familiales grâce à la vérification des enfants à charge ;
- le contrôle d’identité des fonctionnaires et contractuels lors de leur immatriculation à la Solde.
D’après les données évoquées, 17 % des fonctionnaires recensés — soit 13 578 agents — étaient considérés comme « fantômes » sur la période sous revue.
Une réponse à un problème ancien
L’ambition affichée par Brazzaville s’inscrit dans un contexte marqué par des irrégularités récurrentes. En avril 2017, un audit du ministère des Finances et du Budget avait mis en évidence un écart significatif entre les 66 422 agents réellement recensés et les 80 000 individus enregistrés à la Solde, pour une masse salariale mensuelle estimée à 52 milliards FCFA.
À l’époque, les autorités dénonçaient des pratiques telles que :
- la perception d’indemnités indues ;
- les doubles emplois générant des salaires multiples, notamment dans des structures comme le CHU de Brazzaville, la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC), la Société nationale d’électricité (SNE) et la Société nationale de distribution d’eau (SNDE) ;
- la falsification d’actes d’état civil affectant la fiabilité du fichier des allocations familiales.
Un assainissement global des fichiers publics
Au-delà de la seule Solde, le SIFEC ambitionne de « nettoyer » les bases de données de l’administration publique en :
- supprimant les agents décédés des fichiers de la Fonction publique ;
- actualisant les données de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse de retraite des fonctionnaires (CRF) ;
- luttant contre la falsification des actes de naissance et des diplômes grâce au croisement des données ;
- contribuant à l’élaboration de statistiques démographiques fiables ;
- renforçant le contrôle d’identité dans certains services publics, notamment pour l’établissement du permis de conduire.
Une réforme stratégique dans un contexte budgétaire tendu
Pour l’exercice 2026, la masse salariale de l’État est projetée à 435 milliards FCFA, en hausse de 5 milliards en glissement annuel. Le plafond des emplois rémunérés est fixé à 92 652 agents publics, contre 86 657 en 2025.
Les effectifs se composent majoritairement de 76 392 fonctionnaires, complétés par 12 205 contractuels d’administration.
Dans ce contexte de croissance des effectifs et des dépenses, le déploiement du SIFEC apparaît comme un instrument stratégique de rationalisation budgétaire et de sécurisation de la Solde, avec en ligne de mire une meilleure gouvernance des finances publiques et un renforcement de la crédibilité de l’administration congolaise.