Ouvert le 6 octobre à Brazzaville, un séminaire consacré aux zones économiques spéciales réunit acteurs publics, entreprises et institutions des deux pays. Pendant deux jours, les échanges portent notamment sur les modèles de ZES, les chaînes de valeur, les compétences et les conditions nécessaires pour attirer davantage d’investissements industriels au Congo.
Mettre en regard les expériences congolaise et italienne
Organisé par l’ambassade d’Italie en République du Congo et le ministère du Développement industriel, des Zones économiques spéciales et de la Promotion du secteur privé, avec l’appui de l’Agence italienne pour le commerce extérieur (ICE), le séminaire vise à confronter les expériences des deux pays en matière de développement industriel.
Pendant deux jours, les participants échangent autour de plusieurs enjeux liés aux ZES : leur structuration, leur intégration dans les chaînes de valeur, leur ancrage territorial, mais également la formation professionnelle et les conditions permettant aux entreprises de développer leurs activités dans ces espaces.
Pour le directeur de l’ICE Luanda/Brazzaville, Dott Andrea Ferrari, cette rencontre doit permettre d’établir « un regard croisé sur les ZES italiennes et congolaises » et d’identifier les possibilités d’« une action commune de collaboration ». L’objectif est notamment de mieux comprendre les systèmes respectifs et de déterminer les pratiques susceptibles d’être adaptées au contexte congolais.
Cette démarche s’inscrit dans une coopération économique déjà engagée entre les deux pays. L’ICE a notamment accompagné la formation d’entreprises agricoles congolaises, organisé des missions d’entreprises en Italie et contribué au Business Forum Italie-Congo. D’autres initiatives sont prévues, parmi lesquelles une mission de start-up congolaises à Rome et la participation d’une délégation congolaise à la 47e édition d’EIMA, le salon international des machines pour l’agriculture et le jardinage, prévu du 10 au 14 novembre à Bologne.
Des ZES pensées comme des écosystèmes productifs
Pour l’ambassadeur d’Italie au Congo, Enrico Nunziata, les zones économiques spéciales peuvent constituer un levier pour approfondir la coopération économique entre les deux pays. La relation italo-congolaise couvre déjà plusieurs secteurs, notamment l’énergie, les infrastructures, l’eau, le bois, l’agriculture et l’agro-industrie ainsi que la santé.
L’Italie intervient notamment à travers plusieurs projets liés au Plan Mattei pour l’Afrique. Dans le secteur énergétique, la coopération s’appuie entre autres sur les investissements d’Eni dans les infrastructures de liquéfaction du gaz. Dans le domaine de l’eau, un projet porte sur la réhabilitation et l’extension du réseau d’eau de Brazzaville. L’agriculture, l’agro-industrie et le secteur électrique constituent également des axes de collaboration.
Dans ce contexte, l’ambition affichée est désormais de faire évoluer cette coopération vers davantage de partenariats industriels. « L’enjeu n’est donc pas seulement de vendre davantage, mais également de produire davantage ensemble », a souligné Enrico Nunziata.
Cette vision passe notamment par le développement de coentreprises, le transfert de compétences et une meilleure intégration des entreprises congolaises dans les chaînes d’approvisionnement. Pour le diplomate italien, une ZES ne devrait pas être réduite à un espace bénéficiant d’infrastructures et d’incitations fiscales ou administratives. Elle doit pouvoir fonctionner comme un écosystème productif, réunissant entreprises, services, infrastructures, formation, recherche, innovation et institutions.
L’expérience italienne des districts industriels, notamment dans des secteurs comme la chaussure, le cuir, la maroquinerie ou encore la construction navale, constitue à cet égard une source d’enseignements pour le Congo.
Quels secteurs pour les futurs partenariats ?
Les échanges ouvrent des perspectives dans plusieurs domaines où les deux pays pourraient renforcer leurs collaborations : agro-industrie, mécanisation agricole, transformation du bois, matériaux de construction, énergie et énergies renouvelables, logistique, gestion de l’eau, digitalisation et services industriels.
Pour les PME italiennes, les ZES congolaises pourraient offrir un environnement permettant de bénéficier d’infrastructures et de services dédiés. Leur implantation pourrait parallèlement favoriser la circulation des technologies et des savoir-faire et permettre aux entreprises congolaises de mieux intégrer certaines chaînes de production.
Mais l’attractivité industrielle repose aussi sur plusieurs conditions. Les échanges ont ainsi mis en avant la nécessité de disposer d’une énergie fiable, d’infrastructures adaptées, d’une logistique efficace et de procédures administratives simplifiées. La stabilité du cadre réglementaire et la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée apparaissent également comme des facteurs déterminants pour les investisseurs.
Le Congo mise sur le savoir-faire des PME italiennes
À l’ouverture officielle du séminaire, le ministre du Développement industriel, des Zones économiques spéciales et de la Promotion du secteur privé, Michel Djombo, a salué la qualité de la coopération entre le Congo et l’Italie, notamment à travers les projets développés dans le cadre du Plan Mattei.
Pour le gouvernement congolais, cette rencontre doit contribuer à passer d’une coopération essentiellement fondée sur les échanges à des partenariats davantage orientés vers la production et la transformation locale. L’objectif est notamment d’accroître les capacités industrielles, de valoriser davantage les ressources disponibles sur le territoire et de créer des emplois durables.
Michel Djombo a également souligné l’intérêt du modèle italien des PME et PMI et des districts industriels. Leur capacité à développer des spécialisations, à travailler avec des fournisseurs et des sous-traitants et à s’inscrire dans leur territoire constitue une expérience dont le Congo souhaite tirer des enseignements.
Dans cette perspective, des partenariats entre entreprises italiennes et congolaises pourraient favoriser le transfert de compétences et l’amélioration des procédés de production. La question de la formation apparaît toutefois comme une condition essentielle de cette ambition.
« Nous ne pouvons pas localiser au Congo n’importe quelle industrie sans pouvoir avoir les compétences locales pour créer des emplois durables », a rappelé Michel Djombo.
Des modèles à adapter au contexte congolais
Au-delà du partage d’expériences, le séminaire pose ainsi une question centrale : comment adapter au contexte congolais les mécanismes qui ont permis à certaines régions italiennes de développer des écosystèmes industriels spécialisés ?
Pour le Congo, l’enjeu est de faire des ZES des espaces capables de connecter investissements, production locale, sous-traitance, formation et débouchés commerciaux. Pour les entreprises italiennes, elles peuvent également constituer des points d’entrée vers de nouveaux marchés et de nouvelles chaînes de valeur.
Les deux journées d’échanges doivent permettre de préciser ces pistes et d’identifier les domaines dans lesquels une coopération plus étroite pourrait être développée. L’objectif, au-delà du rapprochement institutionnel, est donc de faire émerger des partenariats industriels susceptibles de contribuer concrètement à la transformation locale et au développement du secteur privé congolais.