L’Agence de régulation des postes et des communications électroniques (ARPCE) a présenté, le 25 août à Brazzaville, les résultats d’une nouvelle opération de démantèlement d’un réseau de fraude téléphonique découvert dans le quartier Massengo. L’intervention porte à six le nombre de sites neutralisés depuis le début de l’année et met une nouvelle fois en lumière les pertes économiques que peuvent générer les réseaux de SIM box.
Un réseau clandestin identifié à Massengo
L’opération menée le 21 août par les agents assermentés de l’ARPCE, avec l’appui de la force publique, a permis de mettre au jour une installation frauduleuse dans le quartier Massengo, après sa localisation grâce aux équipements de géolocalisation du régulateur.
Sur place, les équipes ont découvert deux SIM box de seize ports chacune, un modem D-Link, un ordinateur portable ainsi qu’un dispositif de recharge automatique de batterie. Trente numéros ougandais identifiés comme frauduleux ont également été saisis et deux personnes ont été interpellées dans le cadre de l’enquête.
Selon les estimations communiquées par l’ARPCE, le réseau aurait détourné 422 645 minutes de communications en seulement deux mois, occasionnant un préjudice évalué à environ 42 millions FCFA. Un chiffre qui illustre le potentiel économique de ces installations lorsqu’elles restent opérationnelles sur une longue période.
Comment fonctionne la fraude aux SIM box ?
Le procédé consiste à détourner des appels internationaux destinés au Congo. Ceux-ci sont réacheminés par Internet vers des cartes SIM étrangères, notamment ougandaises, avant d’être injectés sur le réseau national comme s’il s’agissait d’appels locaux.
Ce mécanisme permet aux fraudeurs de contourner les tarifs et taxes associés à la terminaison des appels internationaux. En utilisant des cartes SIM étrangères bénéficiant de conditions tarifaires particulières en itinérance, les réseaux clandestins peuvent proposer des coûts de terminaison inférieurs à ceux des opérateurs officiels et tirer leur rentabilité du volume considérable de communications détournées.
Le phénomène n’est pas nouveau. En mai dernier, deux réseaux démantelés à Congo Chine et Coraf, à Pointe-Noire, avaient déjà généré un préjudice estimé à 136 millions FCFA pour plus de 800 000 minutes détournées.
Vers une coopération renforcée avec l’Ouganda
L’utilisation répétée de cartes SIM ougandaises met également en évidence une dimension transfrontalière de cette fraude. L’ARPCE travaille ainsi à la mise en place d’une coopération avec son homologue ougandais afin de faciliter l’échange d’informations et les investigations entre les deux régulateurs.
Des accords existent déjà avec plusieurs pays de la sous-région, notamment la République démocratique du Congo, l’Angola, le Gabon et le Cameroun. L’objectif est désormais d’élargir ce dispositif pour mieux identifier les réseaux qui dépassent les frontières congolaises et leurs éventuels commanditaires.
Au Congo, la réglementation prévoit des sanctions pouvant atteindre cinq ans d’emprisonnement et jusqu’à un milliard FCFA d’amende, selon la nature des infractions retenues.
Un enjeu économique autant que réglementaire
Derrière le démantèlement de ces installations se trouve un enjeu plus large : la sécurisation de l’économie des télécommunications. Chaque minute de communication détournée représente non seulement une perte pour les opérateurs et les recettes associées, mais également un contournement du cadre réglementaire qui encadre le marché.
Avec six réseaux neutralisés depuis le début de l’année, l’ARPCE entend donc intensifier la surveillance, tout en renforçant la coopération avec les régulateurs étrangers. La lutte contre les SIM box ne se limite désormais plus à saisir des équipements clandestins : elle consiste surtout à remonter les filières, identifier leurs bénéficiaires et empêcher que ces réseaux ne puissent se reconstituer.