À l’occasion de ses 70 ans, la Caisse Nationale de Sécurité Sociale a dévoilé ses ambitions pour les années à venir : diversifier ses investissements pour générer plus de revenus, et surtout, sortir enfin du cercle fermé des seuls salariés pour toucher tout le secteur informel. Premiers concernés : les chauffeurs de taxi, désormais visés par une obligation légale d’affiliation.
La Caisse Nationale de Sécurité Sociale (CNSS) a célébré cette semaine à Brazzaville ses 70 ans d’existence. Créée en 1956, l’institution a profité de l’occasion pour présenter un plan à deux volets : renforcer ses capacités financières à travers l’immobilier, et surtout élargir sa couverture sociale bien au-delà des travailleurs salariés, qui restent aujourd’hui les seuls réellement concernés par le système.
Un patrimoine immobilier pour sécuriser les pensions
Premier axe présenté : la diversification des sources de revenus de la Caisse, à travers l’acquisition et la location de bâtiments. La CNSS s’appuie notamment sur la Tour Espérance, actuellement en construction en plein cœur de Poto-Poto à Brazzaville, entre la gare ferroviaire et le rond-point du même nom.
Ce futur complexe de 28 niveaux culminera à 128 mètres de hauteur sur un terrain de 4 000 m². Il accueillera jusqu’à 20 000 m² de bureaux, 6 000 m² de galerie commerciale, un auditorium de 1 000 places, une terrasse d’observation, un restaurant panoramique et des espaces VIP à son sommet, ainsi que deux niveaux de parking pouvant accueillir 150 véhicules. Le projet, lancé en mars 2024 par le président Denis Sassou N’Guesso, est financé à hauteur de 41,8 milliards de FCFA par un consortium de banques régionales, dont Banque Atlantique et Ecobank, pour une livraison prévue sur 36 mois.
L’objectif affiché est clair : faire de l’immobilier de rapport une nouvelle source de revenus stable pour la Caisse, afin de garantir sur le long terme le paiement régulier des pensions et des prestations sociales, sans dépendre uniquement des cotisations.
Objectif : sortir du seul salariat
Le deuxième axe, plus structurant encore, concerne l’élargissement de la base d’assurés. Aujourd’hui, la CNSS ne couvre que les travailleurs salariés, laissant de côté l’immense majorité des actifs congolais qui évoluent dans l’économie informelle : chauffeurs, vendeurs de marché, artisans, étudiants qui travaillent en parallèle de leurs études, etc.
Une première tentative d’ouverture aux chauffeurs de taxi avait déjà été lancée par le passé, mais elle butait sur un problème de fond : l’adhésion n’avait aucun caractère obligatoire, ce qui limitait fortement son efficacité sur le terrain.
C’est justement ce point que change la nouvelle loi de finances 2026 : elle réaffirme désormais, de façon obligatoire, l’obligation pour tout employeur individuel, y compris ceux qui exercent une activité informelle, de s’affilier à une caisse de sécurité sociale. Ce nouveau cadre légal donne enfin à la CNSS un levier concret pour imposer, et non plus seulement proposer, l’inscription des travailleurs indépendants.
Les chauffeurs de taxi, premiers visés
Dans les prochains jours, la CNSS va lancer une vaste campagne de sensibilisation destinée aux chauffeurs de taxi et de bus, pour leur expliquer l’importance de se formaliser et les accompagner dans leurs démarches d’adhésion. Ce choix n’est pas anodin : le secteur du transport urbain, qui fait vivre des milliers de familles à Brazzaville et à Pointe-Noire, reste l’un des pans les plus visibles et les plus organisables de l’économie informelle, ce qui en fait une porte d’entrée logique pour toucher une population plus large de travailleurs non déclarés.
Une fois cette première étape engagée, la Caisse prévoit d’étendre progressivement son action vers les zones aujourd’hui peu couvertes par ses services, puis vers d’autres catégories de travailleurs informels : les vendeurs des marchés, notamment ceux qui commercialisent le manioc, et à plus long terme, les étudiants.
Toucher tous les Congolais, sans exception
Le message porté par la CNSS à l’occasion de ses 70 ans est sans ambiguïté : il ne s’agit plus seulement de gérer les pensions des salariés du privé, mais de construire, secteur par secteur, une couverture sociale qui concerne l’ensemble de la population congolaise. Chauffeurs, commerçants, artisans, étudiants : chacun devrait, à terme, avoir sa place dans le système.
Avec un nouveau siège capable de générer des revenus complémentaires et un cadre légal désormais contraignant pour l’affiliation du secteur informel, la CNSS entre dans une phase où ses ambitions dépassent largement la gestion administrative des retraites : elle vise une transformation en profondeur de la protection sociale au Congo.