Aliko Dangote enchaîne les records. Après avoir dépassé les États-Unis dans les exportations de carburant d’aviation vers l’Europe, le milliardaire nigérian vient de choisir l’emplacement de sa prochaine méga-raffinerie : Lamu, au Kenya. Un projet à 20 milliards de dollars qui va changer la donne énergétique en Afrique de l’Est.
Le Nigeria dépasse les États-Unis sur le marché européen du kérosène
En juin 2026, la raffinerie Dangote, installée à Lekki près de Lagos, est devenue le premier fournisseur de carburant d’aviation (jet fuel) en Europe, devant les États-Unis. Le Nigeria a exporté 466 000 tonnes de kérosène vers l’Europe ce mois-là, contre seulement 399 000 tonnes pour les Américains, dont les livraisons ont chuté trois mois de suite : 818 000 tonnes en avril, 560 000 en mai, puis 399 000 en juin.
Ce n’est pas un coup isolé. Voici la série de records enregistrés depuis le début de l’année :
- Mars 2026 : le Nigeria devient, pour la première fois de son histoire, exportateur net d’essence. Le pays a exporté 44 000 barils par jour, contre 41 000 barils importés. Une première depuis le début de la production pétrolière nigériane en 1958.
- Avril 2026 : la raffinerie Dangote exporte à elle seule 1,66 milliard de litres de produits raffinés (essence, diesel, kérosène), selon les chiffres officiels de l’autorité nigériane du pétrole (NMDPRA).
- Depuis fin 2024 : le Nigeria exporte plus de kérosène qu’il n’en importe, un renversement total pour un pays qui, pendant plus de soixante ans, exportait son pétrole brut pour ensuite racheter du carburant raffiné aux Américains et aux Européens, à prix fort.
Le Nigeria, longtemps moqué pour vendre son pétrole brut à l’étranger avant de racheter du carburant à prix d’or, est en train de retourner la table. Et Dangote n’a pas l’intention de s’arrêter là.
Pendant que tout le monde célèbre, Dangote boucle sa prochaine raffinerie au Kenya
Pendant que la presse s’enflammait autour du record européen, le groupe Dangote a validé, début juillet 2026, l’emplacement de sa deuxième grande raffinerie : l’île de Lamu, sur la côte kényane. Le choix met fin à des mois de suspense entre le Kenya et la Tanzanie.
Les chiffres du projet :
- 700 000 barils par jour de capacité prévue — la plus grande raffinerie d’Afrique de l’Est
- 20 milliards de dollars d’investissement (2 590 milliards de shillings kényans), l’un des plus gros projets privés jamais lancés au Kenya
- Financement assuré par la trésorerie du groupe, des émissions d’obligations et une future entrée en bourse
- Construction lancée dès cette année, pour une durée de 30 mois à 3 ans
- Marché visé : Kenya, Tanzanie, Ouganda et Soudan du Sud
Le vice-président du groupe pour le pétrole et le gaz, Devakumar Edwin, l’a confirmé directement à Reuters : le site est choisi, les études de sol sont en cours, et les travaux d’ingénierie ont commencé. Le gouvernement kényan participe aussi financièrement au projet, avec un capital de départ de 21,5 milliards de shillings.
C’est lors d’une visite d’une délégation de la Société Nationale des Pétroles du Congo à la raffinerie de Lagos que Dangote a détaillé cette expansion vers l’Afrique de l’Est — preuve que les acteurs pétroliers d’Afrique centrale suivent de très près la stratégie du groupe. D’autres pays veulent d’ailleurs répliquer le modèle : le Mozambique et l’Ouganda travaillent déjà sur leurs propres projets de raffineries.
Le vrai plan de Dangote
À terme, le groupe visera 1,4 million de barils par jour à Lagos d’ici 2028, plus 700 000 barils par jour à Lamu. Soit 2,1 millions de barils par jour rien qu’avec ces deux sites. Et ce n’est qu’une partie du plan : Dangote a annoncé 46 milliards de dollars d’investissements supplémentaires entre 2026 et 2028, dans le raffinage, le ciment et les engrais, partout sur le continent.
Le message est clair : pendant que le monde célèbre les records du mois, Dangote construit déjà l’Afrique de demain.
Sources : S&P Global Commodity Insights, Reuters, NMDPRA, Punch Nigeria, Vanguard Nigeria, The Star Kenya, Kenyans.co.ke.