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Les 90 premiers jours du ministre Michel Djombo sous le signe du réalisme et de l’action

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Les 90 premiers jours du ministre Michel Djombo sous le signe du réalisme et de l’action

Invité de l’émission de décryptage Vox Congo, le ministre du Développement industriel, des Zones économiques spéciales et de la Promotion du secteur privé a dressé un état des lieux sans détour de son département, quatre-vingt-dix jours après sa prise de fonction. Entre diagnostic lucide, volonté de structuration et premières avancées concrètes, son intervention esquisse les contours d’une politique industrielle en quête d’efficacité.

Une vision clarifiée : les zones économiques comme levier

Dès l’entame de son intervention, le ministre a tenu à repositionner le rôle des zones économiques spéciales (ZES) dans la stratégie nationale. Loin d’être une finalité en soi, elles doivent être comprises comme un instrument au service d’un objectif plus large : le développement industriel du Congo.

Ces zones, définies comme des espaces industriels bénéficiant d’un cadre fiscal et douanier spécifique, visent à offrir aux investisseurs des conditions de compétitivité comparables à celles observées à l’international. Mais leur ambition dépasse le seul marché national. Dans un pays dont la taille du marché est jugée limitée par certains investisseurs, les ZES sont conçues comme des plateformes d’exportation, permettant de produire localement tout en ciblant les marchés sous-régionaux et continentaux.

Cette orientation traduit une volonté assumée : faire du Congo non seulement un lieu de production, mais un hub industriel tourné vers l’extérieur.

Un constat inattendu : un tissu industriel plus dynamique qu’il n’y paraît

L’un des enseignements majeurs de ces premiers mois réside dans la redécouverte d’un tissu industriel souvent sous-estimé. « On produit beaucoup plus qu’on ne le croit », affirme le ministre, mettant en lumière l’existence d’un réseau diversifié de petites et moyennes industries.

Certaines entreprises, initialement positionnées sur le commerce, ont amorcé une transition vers la production industrielle, profitant d’opportunités de marché. D’autres ont atteint une maturité suffisante pour exporter une part significative de leur production, parfois jusqu’à 70 à 90 %, notamment vers les pays voisins comme la République démocratique du Congo.

Cependant, cette dynamique s’est développée de manière largement empirique, en l’absence de structuration globale. Des unités industrielles se sont implantées hors des zones prévues à cet effet, bénéficiant de dispositifs incitatifs sans s’inscrire dans une vision d’ensemble cohérente.

Un défi central : organiser, structurer et coordonner

Pour le ministre, le véritable enjeu ne réside pas dans la création ex nihilo d’une industrie, mais dans sa mise en ordre. La fusion des portefeuilles du développement industriel et des zones économiques spéciales répond précisément à cette nécessité : offrir un interlocuteur unique aux investisseurs et assurer une meilleure cohérence de l’action publique.

Cette réorganisation vise également à anticiper les défis futurs. Certaines entreprises, aujourd’hui compétitives grâce à des exonérations spécifiques, pourraient se retrouver fragilisées à l’expiration de ces avantages. L’intégration progressive dans des dispositifs structurés comme les ZES apparaît alors comme une solution de pérennisation.

Un angle mort révélé : le déficit de collaboration entre acteurs privés

Au-delà des limites de l’action publique, le ministre a pointé un dysfonctionnement moins souvent évoqué : l’insuffisance du dialogue entre entreprises locales. À travers des exemples concrets, il a illustré les incohérences du système, notamment l’importation de produits disponibles localement, faute de coordination entre acteurs.

Ce déficit de coopération entraîne non seulement des pertes d’opportunités économiques, mais contribue également à la sortie de devises et à la fragilisation de l’écosystème industriel. Pour y remédier, le ministre privilégie une approche pragmatique, fondée sur la mise en relation directe des entreprises et la circulation de l’information, plutôt que sur la multiplication de structures formelles.

L’énergie, principal frein à la compétitivité industrielle

Parmi les contraintes structurelles identifiées, la question énergétique occupe une place centrale. Certaines entreprises industrielles fonctionnent aujourd’hui à moitié de leur capacité, contraintes de recourir massivement à des groupes électrogènes, avec des coûts élevés et des impacts négatifs sur leur productivité.

Face à cette situation, le ministre met en avant des solutions alternatives, notamment le recours à l’énergie solaire. Il évoque des modèles de financement innovants, dans lesquels des opérateurs privés prennent en charge l’investissement initial, les industriels remboursant progressivement via des contrats d’achat d’électricité.

Cette approche illustre une orientation plus large : mobiliser les capacités du secteur privé pour pallier les insuffisances structurelles, sans attendre exclusivement l’intervention de l’État.

Des zones économiques encore freinées par les infrastructures

Si les ZES constituent un pilier de la stratégie industrielle, leur développement reste entravé par des carences en infrastructures de base. À Pointe-Noire, l’absence de route d’accès limite le type d’activités pouvant y être développées, excluant de facto les industries à forte valeur ajoutée.

À Maloukou, les défis ont été tout aussi significatifs, avec des déficits en électricité et en eau. Des avancées ont toutefois été enregistrées, notamment grâce à des financements extérieurs ayant permis le raccordement électrique et le lancement de travaux d’adduction d’eau.

Ces progrès devraient, selon le ministre, lever les principaux obstacles au démarrage effectif des activités industrielles dans ces zones dans les mois à venir.

Des signaux concrets : de la théorie à la production

Contrairement à une perception souvent associée aux politiques industrielles, le ministre insiste sur le fait que les ZES sont déjà en phase opérationnelle. Des exportations ont été réalisées, notamment dans le domaine du contreplaqué, et de nouveaux investissements sont en cours pour diversifier la production.

Parmi les projets évoqués figure la fabrication industrielle de portes à coûts compétitifs, destinée à répondre à une demande locale importante tout en améliorant la qualité des produits disponibles sur le marché.

Ces initiatives traduisent une volonté de passer d’une logique de projection à une logique de réalisation tangible.

Une réforme administrative orientée vers l’efficacité

Parallèlement aux chantiers industriels, le ministre a engagé une transformation des प्रक्रces administratifs de son département, avec un accent particulier sur la digitalisation. Un portail en ligne permettra aux investisseurs de déposer leurs dossiers, de suivre leur traitement en temps réel et de recevoir leurs agréments sans déplacement.

Cette modernisation s’accompagne d’un engagement en matière de célérité, le ministre affirmant que les dossiers validés ne restent pas plus de vingt-quatre heures en attente de signature. L’objectif affiché est de rendre l’administration plus transparente, plus rapide et mieux adaptée aux exigences des acteurs économiques.

Une ambition sous contrainte : répondre à des attentes élevées

Positionné à l’interface entre l’État et le secteur privé, le ministre reconnaît être soumis à une double exigence. D’un côté, les autorités attendent des résultats concrets en matière de diversification économique. De l’autre, les acteurs privés, dont il fut récemment le représentant, attendent désormais des solutions.

Cette situation, qu’il décrit lui-même comme une position « entre deux », impose un équilibre délicat entre ambition politique, contraintes structurelles et réalités opérationnelles.

Vers une industrialisation pragmatique

Au terme de cet échange, une ligne directrice se dégage : celle d’une industrialisation pragmatique, fondée sur l’existant, attentive aux contraintes du terrain et ouverte à la collaboration avec le secteur privé.

Plutôt que de multiplier les annonces, le ministre privilégie une approche progressive, centrée sur la résolution des blocages identifiés et la valorisation des dynamiques déjà à l’œuvre. Dans un contexte marqué par la nécessité de diversification économique et de création d’emplois, cette stratégie pourrait constituer un tournant décisif, à condition que les réformes engagées trouvent leur traduction concrète dans la durée.

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