Dans une interview accordée à Brut, le président de la République du Congo, Denis Sassou Nguesso, s’est exprimé avec gravité et hauteur sur les grands enjeux qui structurent l’avenir du pays. Fort de plusieurs décennies à la tête de l’État, il a livré une lecture stratégique des priorités nationales, en mettant au cœur de son action les « années de la jeunesse », décrétées comme axe central de la politique publique. Dans un contexte marqué par une pression démographique forte et un chômage élevé chez les jeunes, le chef de l’État a insisté sur la nécessité d’adapter les politiques économiques, éducatives et sociales aux réalités contemporaines, tout en réaffirmant son engagement au service de la nation.
Une “priorité jeunesse” face à une urgence sociale
Le président a placé son discours sous le prisme des “années de la jeunesse”, une orientation politique qu’il présente comme centrale. Dans un pays où plus de 60 % de la population a moins de 25 ans, la question de l’emploi reste critique, avec un chômage des 18-35 ans dépassant les 40 %.
Conscient du décalage entre formation académique et besoins du marché, il insiste sur la nécessité de renforcer l’enseignement technique et professionnel. L’un des outils phares évoqués est le Fonds d’Impulsion, de Garantie et d’Accompagnement (FIGA), conçu pour faciliter l’accès des jeunes au financement et encourager l’auto-emploi. L’objectif est clair : faire émerger une génération d’entrepreneurs capables de créer leur propre activité dans un environnement encore contraint.
Une économie en transition : sortir de la dépendance pétrolière
Sur le plan économique, le chef de l’État adopte une posture lucide. Malgré l’annonce récente d’une découverte de pétrole par TotalEnergies au large de Pointe-Noire, il relativise l’importance de cette trouvaille, refusant d’y voir une solution structurelle.
Le Congo reste fortement dépendant du pétrole, qui représente environ 50 % de son PIB. Face à cela, la stratégie affichée repose sur une diversification vers des secteurs jugés porteurs :
- les mines (fer, potasse, or),
- l’agriculture mécanisée,
- l’agro-industrie,
- l’exploitation forestière durable.
Cette orientation vise à bâtir une économie plus résiliente, capable d’absorber la pression démographique et de créer des emplois durables.
Infrastructures : entre progrès historique et défis persistants
Le président met en avant une progression notable des capacités nationales, notamment dans l’électricité, passée de 18 MW à l’indépendance à près de 800 MW aujourd’hui. Pourtant, les coupures restent fréquentes, en raison de réseaux vieillissants et d’une infrastructure encore fragile.
Un chantier stratégique est en cours : la construction d’une nouvelle ligne haute tension entre Pointe-Noire et Brazzaville, censée stabiliser l’approvisionnement dans les prochains mois.
Concernant l’accès à l’eau potable, un programme ambitieux de 4 800 forages a été lancé, bien que fortement impacté par des actes de vandalisme, révélant un défi de gouvernance et de sécurisation des infrastructures publiques.
Sécurité et ordre public : une condition du développement
Sur le plan sécuritaire, Denis Sassou N’Guesso assume une ligne ferme face au phénomène des gangs urbains, communément appelés “Kuluna” ou “Bébés Noirs”. L’opération lancée en 2025 vise à restaurer la sécurité dans les centres urbains et à garantir la libre circulation des personnes et des biens.
Pour le chef de l’État, la sécurité est un préalable au développement économique : sans stabilité, aucune activité commerciale ni investissement durable ne peut prospérer.
Souveraineté et diplomatie : une posture affirmée
L’entretien a également été l’occasion de réaffirmer une ligne diplomatique fondée sur la souveraineté nationale et le principe du “gagnant-gagnant”. Sur les affaires dites des “biens mal acquis”, le président dénonce une atteinte à la souveraineté du Congo et critique les procédures judiciaires étrangères.
Dans ses relations internationales, il plaide pour une évolution des rapports avec la France vers un partenariat équilibré, tout en positionnant le Congo comme acteur de médiation régionale, notamment entre la RDC et le Rwanda.
Un leadership face au défi générationnel
Enfin, la question du décalage générationnel n’a pas été éludée. Face à une population jeune, le président défend une vision où l’âge importe moins que les idées et les projets. Il revendique une continuité dans l’engagement politique, tout en laissant planer le flou sur son avenir à l’horizon 2033.
Une vision entre continuité et adaptation
À travers cette interview, Denis Sassou N’Guesso propose une lecture globale des défis du Congo : jeunesse, diversification économique, infrastructures et souveraineté. Si les orientations sont posées, leur réussite dépendra désormais de leur mise en œuvre concrète, dans un contexte où les attentes sociales et économiques restent particulièrement élevées.