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Reprendre le pouvoir sur l’innovation en Afrique : Entretien avec Leslie Ossete

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Reprendre le pouvoir sur l’innovation en Afrique : Entretien avec Leslie Ossete

À l’occasion du mois du travail et dans une dynamique de valorisation des parcours féminins, cet entretien met en lumière une trajectoire qui bouscule les idées reçues : celles qui voudraient encore qu’il existe des métiers d’hommes et des métiers de femmes. À travers son expérience, Leslie Ossete rappelle qu’une femme peut non seulement évoluer dans la tech, mais aussi y construire, diriger et transformer.

Son parcours commence pourtant sans plan tracé. À 22 ans, elle remporte le Hult Prize et se retrouve propulsée à Nairobi pour lancer une startup. Une immersion directe dans le réel, où elle comprend très vite que la technologie n’est pas un choix de confort, mais une nécessité pour résoudre des problèmes concrets. “La tech n’était pas mon plan A, elle est devenue mon outil de survie.”

Depuis, elle avance avec une conviction claire : en Afrique, la tech n’est pas un secteur parmi d’autres. C’est un levier d’accès aux services essentiels, un outil d’efficacité et un moteur d’impact. Entre construction de startups, engagement pour plus de représentation féminine et volonté de créer des solutions ancrées dans nos réalités, elle incarne une génération qui ne demande plus sa place mais qui la prend.

Dans cet entretien, Leslie Ossete revient sans détour sur son parcours, sa vision, les défis structurels du secteur, et le rôle déterminant que peuvent jouer les femmes dans la construction des solutions de demain :

1. Pouvez-vous nous parler brièvement de votre parcours professionnel ?

Je suis tombée dans la tech par hasard. J’avais 22 ans quand j’ai gagné le Hult Prize, le plus grand concours d’entrepreneuriat étudiant au monde, affilié à la Fondation Clinton, qui récompense les meilleures solutions à des défis sociaux mondiaux avec 1 million de dollars à la clé. Ce prix m’a emmenée directement à Nairobi pour lancer ma première startup, BuuPass, une plateforme de billetterie pour les bus et trains d’Afrique de l’Est. En me retrouvant sur le terrain, j’ai vite compris qu’on ne pouvait pas accomplir notre mission sans technologie, sans innovation, sans data. La tech n’était pas mon plan A, elle est devenue mon outil de survie.

Depuis, j’ai travaillé chez Bolt, la super-app européenne de mobilité qui opère le VTC, les trottinettes et la livraison dans plus de 45 pays, dont plusieurs marchés africains puis chez Wave Mobile Money, la première licorne d’Afrique de l’Ouest francophone, qui permet à des millions de personnes non bancarisées d’envoyer, recevoir et gérer de l’argent depuis leur téléphone à des frais quasi nuls, avant de cofonder Mstudio en 2022 à Abidjan, le premier venture studio d’Afrique francophone. Concrètement, on ne se contente pas d’investir dans des startups : on les co-construit de A à Z, de l’idée au premier million de revenus. On recrute les cofondateurs, on valide les marchés, on structure les équipes, on lève les fonds. À ce jour, on a accompagné 18 startups, levé plus de 8,6 millions d’euros, et créé plus de 100 emplois directs sur le continent. Et 80% de nos process internes tournent à l’IA parce qu’on croit que la technologie est d’abord un outil d’efficacité avant d’être un sujet de conférence.

2. À quel moment avez-vous décidé de vous orienter vers ce domaine ?

Il n’y a pas eu de décision consciente. C’est un concours d’entrepreneuriat qui a tout déclenché. Mais ce qui m’a gardée dans la tech, c’est une conviction très simple : en Afrique, la tech n’est pas un secteur parmi d’autres, c’est le levier qui permet d’accéder aux services essentiels. L’accès aux services financiers pour ceux que les banques ignorent, à la mobilité dans des villes qui n’ont pas de transport public fiable, à l’alimentation, à l’éducation, à l’emploi. La tech, c’est de l’impact à grande échelle. Une fois qu’on a vu ça de près, difficile d’aller travailler ailleurs.

3. Avez-vous rencontré des obstacles particuliers en tant que femme dans ce secteur ?

Oui, plusieurs.

Le premier, c’est le manque de représentation. Quand on ne voit pas de femmes aux postes de leadership dans son secteur, on intériorise inconsciemment que ce n’est pas pour soi. Ce n’est pas une question de talent, c’est une question de modèles. J’en ai souffert, et je le vois encore chez les jeunes femmes que j’accompagne aujourd’hui.

Le deuxième, c’est l’accès au mentorat. Avoir quelqu’un qui croit en toi, qui te pousse vers le haut, qui t’ouvre des portes, c’est décisif dans une carrière. Et ce réseau-là est encore largement masculin. Quand tu ne ressembles pas à ceux qui ont accès à ces cercles, tu dois te battre deux fois plus fort pour en faire partie.

Le troisième , et peut-être le plus sous-estimé, c’est l’accès à la formation, et les représentations qu’on a de ce que c’est que « la tech ». Beaucoup de jeunes femmes pensent que

la tech, c’est de la programmation, du code, des écrans. Ce n’est pas vrai. La tech, c’est aussi du design, de la gestion de projet, de la stratégie, du marketing, des opérations, de la finance. Il faut démystifier ça — et donner accès à une formation qui montre la réalité du secteur dans toute sa diversité.

4. Voyez-vous une évolution dans la participation des femmes africaines dans l’écosystème tech ?

Oui, énormément. Et je le vois de manière très concrète.

Des initiatives comme Africaines in Tech ou DigiFemmes forment, connectent et font monter en compétence des femmes à travers tout le continent. En Côte d’Ivoire par exemple, on accompagne 300 jeunes à la compétence numérique à travers WeCode, en partenariat avec Epitech et la GIZ, et plus de la moitié sont des jeunes femmes. Ce n’est pas un quota. C’est le résultat d’un travail actif sur le recrutement, la communication et l’environnement qu’on crée.

Mais il faut aller plus loin et plus large. J’aimerais voir ce type d’initiatives se multiplier dans d’autres pays francophones, au Congo notamment, où le potentiel est immense et où les femmes ont tout à gagner à prendre leur place dans l’écosystème numérique qui se construit.

Le chemin est encore long, mais la direction est claire.

5. Quel message adresseriez-vous aux jeunes filles qui hésitent ?

Ce n’est pas parce qu’on ne vous voit pas encore que votre place n’y est pas.

Osez. Osez candidater même si vous ne cochez pas toutes les cases. Osez prendre la parole dans des salles où vous êtes minoritaires. Osez vous former, poser des questions, échouer et recommencer. Les secteurs qui manquent de femmes ne manquent pas de talent féminin, ils manquent d’accès, de représentation et d’opportunités. Ce n’est pas votre compétence qui est en question. Et les systèmes changent quand les personnes qui n’y sont pas encore décident d’y entrer quand même.

6. Quelle conviction guide votre engagement ?

Que la représentation n’est pas symbolique, elle est structurelle. Quand une jeune fille voit une femme à la tête d’une startup, d’un fonds, d’une équipe tech, elle se permet d’y croire pour elle-même. Et quand elle y croit, elle y va.

Mais il y a quelque chose de plus profond encore : nous devons créer les innovations pour nous- mêmes. Pour nous, femmes africaines, pour nos familles, nos communautés, nos sociétés. Pendant trop longtemps, les solutions technologiques déployées en Afrique ont été conçues ailleurs, par d’autres, pour d’autres. La tech nous donne le pouvoir de changer ça, de concevoir, de construire et de déployer des solutions qui nous ressemblent vraiment. C’est aussi simple et aussi puissant que ça.

Ce qu’il faut retenir

À travers son parcours, une idée revient avec force : la tech en Afrique n’est pas un choix de carrière comme un autre. Elle s’impose comme une nécessité, un outil capable de débloquer l’accès à des services essentiels et de transformer des réalités à grande échelle.

Son expérience montre aussi que les obstacles ne sont pas liés au manque de talent, mais à des freins structurels : l’absence de modèles, un accès limité au mentorat, et une compréhension encore trop étroite de ce qu’est réellement la tech. Autant de barrières invisibles qui ralentissent l’entrée et la progression des femmes dans cet écosystème.

Pourtant, une dynamique est en cours. Des initiatives émergent, des femmes se forment, prennent leur place et démontrent que, lorsque les conditions sont réunies, elles répondent présentes. Mais cette progression doit encore s’élargir, notamment dans des contextes où tout reste à construire.

Le message qu’elle adresse est clair : ne pas attendre d’être prête, ne pas attendre d’être légitime. Oser entrer, apprendre, se tromper, recommencer. Parce que les systèmes évoluent lorsque celles et ceux qui en sont encore absents décident d’y prendre part.

Enfin, sa conviction dépasse la question de l’accès. Elle touche à la capacité de créer : penser, concevoir et déployer des solutions ancrées dans les réalités locales. Ne plus dépendre de modèles conçus ailleurs, mais construire des innovations qui ressemblent à celles et ceux qui les utilisent.

C’est là que réside, selon elle, le véritable pouvoir de la tech : un outil d’efficacité, d’impact, mais aussi d’appropriation.

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